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Michel Vovelle
Que reste-t-il de la Révolution Française?

Fin de l’exception française?

C’est la fin, dit-on, de l’exception française, et avec elle d’une aventure focalisée maladivement sur la voie révolutionnaire. Rentrer dans le rang des démocraties policées qui ont su s’épargner ce détour violent – à l’exemple des anglo-saxons – serait enfin accéder à la modernité. En récusant une partie de l’héritage, en conservera-t-on pour autant la mémoire, dépouillée de tous ses pouvoirs d’adhésion et d’entraînement?

L’ultime tableau, sur lequel il convient de conclure confronte à plusieurs options. Tourner la page, en ne retenant de l’héritage que les valeurs sûres – les droits de l’homme et l’appel à la Liberté, ce qui n’est pas rien – mais en regardant vers un avenir débarrassé de toutes les scories commémoratives pour se placer dans une visée résolument prospective: c’est bien le choix qu’ont fait les gouvernements français en réglant, d’une seule traite en 1989 leur dette à l’égard de la Révolution sans s’engager plus avant. Et la grande parade organisée par Goude sur les Champs-Elysées le 14 juillet 1989 a été le reflet de ce choix.

Il reste que les inquiétudes, voires les angoisses, du temps présent, telles que nous les avons suggérées – la recherche d’une nouvelle citoyenneté, respectueuse des différences sans abdiquer sur le repli de l’individualisme libéral-, conserve à certains héritages une valeur que plus d’un hésite à voir se perdre. Le moins d’état livre l’individu au jeu des puissances économiques et aux inégalités. La quête laborieuse d’uneconscience européenne, à l’ombre d’une mondialisation sous égide américaine, peine à reformuler la définition d’un civisme nouveau à l’image de notre temps.

Un dernier carré de jacobins autour de Jean-Pierre Chevènement représente en France la riposte de gauche à ces périls, cependant que plus largement la défense des valeurs civiques est devenue significativement un des thèmes en vogue dans une partie de la classe intellectuelle. A droite, le courant souverainiste qui prend actuellement naissance autour de Charles Pasqua lui fait écho à sa façon, sans éviter les compromissions avec une extrême droite dont les valeurs de la Révolution française n’ont jamais été la préoccupation dominante…

Ce n’est point sur cette image d’un dernier carré de fidèles et de nostalgiques que je voudrais conclure. Lorsque s’achève l’inventaire de ce qui est perdu, s’esquisse celui de ce qui reste à faire, si l’on reste fidèle à l’idéologie que la Révolution avait elle-même hérité des Lumières et qui est celle du progrès, tranfigurée par la lutte, génératrice de conquêtes irréversibles et d’anticipations pour l’avenir. Ce qu’il en reste? Suivant l’expression d’E. Bloch “un rêve en avant”, et un horizon d’espoir.[1]



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