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Michel Vovelle
Que reste-t-il de la Révolution Française?

L’épreuve du bicentenaire

On en vient, au fil de cette remise en question, à se demander ce qui reste aujourd’hui de la mémoire de la Révolution française, si on l’interroge au miroir de l’épreuve de vérité que fut la commémoration du bicentenaire en 1989. Significative est la manière dont la République française dans des années qui furent marquées par l’alternance de gouvernements de gauche et de droite, sous l’arbitrage du président Mitterand, décida de célébrer cette date éclatante. Dans ce contexte ambigu, le consensus se fit sur le principe de régler d’une traite la dette de reconnaissance en concentrant les célébrations officielles dans l’année 1989, moyen d’esquiver les épisodes non consensuels de 1793 et de focaliser l’attention sur le thème des droits de l’homme. Réussite incomplète si l’on en juge d’après les débats polémiques qui marquèrent ces années, indice malgré tout que la Révolution n’est pas terminée.

Le rendez-vous avec l’histoire que constituait la célébration du bicentenaire en 1989, occasion de réveiller la mémoire, a eu des conséquences pour une part inattendues, même si son impact a surpris une partie des observateurs.

Il a revivifié un discours contre-révolutionnaire qui n’avait jamais disparu, mais s’était fossilisé voire partiellement assoupi. Dopé par la prise de conscience des erreurs et des crimes des totalitarismes modernes, il en a transposé l’argumentaire à l’événement fondateur: la république jacobine, mais par extension, on l’a vu, la révolution tout entière est devenue la matrice des totalitarismes modernes. Le souvenir de la violence et l’image de la Terreur se sont focalisés sur le thème du génocide franco-français perpétré par les années de la Convention sur une région martyre, la Vendée. Cette transposition anachronique du concept moderne de génocide, hardiment maniée par des historiens renommés comme Pierre Chaunu, récusée par la majorité des historiens de sang-froid, n’a eu qu’un succès limité, mais elle a trouvé un terrain d’élection dans le cadre même de la Vendée moderne, si différente de celle de 1793, mais qui se prévaut de son statut de “région mémoire”.



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