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Michel Vovelle
Que reste-t-il de la Révolution Française?

Crise des idéologies

Ces avatars de la révolution, et des systèmes qui s’y référaient, accompagnent la crise des idéologies dans le dernier demi-siècle. Sur un thème qui n’avait pas été méconnu des décennies précédentes, mais renouvelé et élargi par celles de l’après-guerre, la dénonciation des systèmes totalitaires, telle que J. Talmon en esquissait une approche théorique dans les années 50 dans ses “Origins of the Totalitarian Democracy”, remontant à la Révolution française et aux Lumières, via J.J. Rousseau, a pris l’ampleur d’une mise en cause, illustrée par les oeuvres d’Anna Arendt, ou en France par le courant des nouveaux philosophes.

Sans vouloir nous engager dans une approche qui mériterait un exposé en soi, nous ne pouvons négliger l’expression du débat dans l’historiographie proprement dite de la Révolution en France et en Europe, comme en Amérique. Le courant critique de la lecture jacobine “classique” de la Révolution (on l’a dit parfois révisionniste, mais le terme prête à confusion) a été illustré par l’oeuvre de François Furet à partir de 1965 (La Révolution française par D. Richet et F. Furet), puis par ses essais ultérieurs (l’atelier de l’Histoire) jusqu’au dictionnaire critique qu’il a coordonné en 1989, et, on l’a vu, la fin d’une illusion. Nous n’entrerons pas dans le détail de l’analyse d’une pensée flexible qui, partie de la dénonciation de la vulgate ou du catéchisme républicain, sur le thème du dérapage de la Révolution, l’a conduit à une mise en cause globale du processus, comme issu d’une vision fautive de la souveraineté nationale, empruntée à Rousseau, génératrice de la dérive jacobine qui en fait une des sources, la matrice pour reprendre son expression des dérives totalitaires de l’âge moderne.

Mais il convient de reconnaître l’impact, en France et ailleurs, d’un discours critique, malgré d’ultimes nuances, aux feux de la polémique du bicentenaire qui en a assuré la diffusion, dans une opinion prête à en recevoir dans les médias le verdict appauvrissant “la Révolution est terminée”. En contrepoint, la lecture sociale “classique” de la Révolution s’est trouvée en position défensive, aggravée par l’impact-sanction de l’implosion des régimes socialistes. C’est, au vrai, que notre ou nos sociétés du monde libéral étaient comme préparées à recevoir ce message: par où nous passons à ce que j’ai désigné comme les causes et les aspects endogènes de la remise en cause de l’héritage révolutionnaire.



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